01/06/2015

A comme... Autour du monde par le Cap-Horn #Challenge az

Les hasards d'internet font parfois bien les choses, il y a quelques années, me promenant sur la piste de Joseph-Marie Guillam et après avoir lu la mention d'un embarquement sur un acte, je me mis à rechercher des infos à propos du bateau sur lequel il avait navigué dont j'avais le nom : BIESSARD et le parcours effectué. Et là! Oh! chance, je tombe par hasard sur le rôle d'équipage qui était mis en ligne dans le cadre de l'expo d'un musée de Bordeaux.


J'aurais voulu joindre à cet article les données précises que j'avais recueillies, malheureusement, suite à déménagement, tous mes cartons ne sont pas encore accessibles. Nous devrons donc nous contenter pour l'instant de l'histoire de ces hommes aventureux sans plus de précision sur les dates exactes concernant l'ancêtre de ma fille, puisqu'il s'agit de son sosa 16.



Le trois-mâts barque BIESSARD



Pour résumer, Joseph-Marie avait trouvé un embarquement à bord de BIESSARD, l'un des grands voiliers qui partis de France passaient le Cap Horn pour s'arrêter au Chili puis en Nouvelle-Calédonie afin de rentrer les cales pleines de minerais. 


A BORD


On ne remonte pas très loin dans le temps : à peine au début du siècle dernier, mais il s'agit d'une vie extrême que nombre de ces hommes avaient choisie, recherchée car malgré les risques, malgré les difficiles conditions de vie, ils étaient appelés par la mer.



On s'imagine des hommes durs, des baroudeurs ...bien sur, au bout de quelques années, ils étaient endurcis, mais pour beaucoup le premier embarquement avait lieu lorsqu'ils étaient encore tous jeunes vers 12 ou 14 ans et si l'on voit souvent sur les images de vaillants barbus, ils n'ont généralement pas plus de 30 ans, mais la rude vie du bord les a buriné.



Concernant Joseph Marie, son voyage à bord de Biessard l'emmenait faire le tour du monde. Partis de France, ils faisaient un aller retour vers l'Angleterre pour charger les cales de charbon avant de s'embarquer pour des mois à destination du Chili où ils devaient prendre en charge une cargaison de salpêtre.


LE PASSAGE DU CAP HORN


Mais avant d'atteindre le Chili, la partie la plus risquée du voyage se dressait devant eux : le passage du Cap Horn. Les conditions de navigation devenaient plus en plus ardues. Il n'était pas rare qu'au cours des manoeuvres plusieurs hommes soient emportés par une lame qui les jetaient à la mer. La température baissait et les vagues qui se fracassaient sur le pont gelaient jusqu'à transformer hommes et navire en statues de glace.




Il ne fallait pas moins d'une quinzaine de jours à ces voiliers pour réussir à passer le Cap Horn après d'innombrables et dangereuses manœuvres.




Sur Biessard, lors de la circumnavigation à laquelle prit part Joseph Marie, le capitaine était un homme réputé pour sa justesse et qui souhaitait voir ses hommes correctement nourris, on embarquait à bord de la basse cour vivante et des porcs. Le capitaine demandait aussi à ce qu'un poêle reste allumé afin que les hommes puissent se réchauffer sous ces latitudes. Tous n'avaient pas cette largesse.


IQUIQUE

Après avoir vaincu le Cap Dur (surnom donné au Cap Horn pour ses dangers), les marins remontaient l'Amérique du Sud jusqu'à Iquique au Chili : port spécialisé dans le salpêtre
Les régions d'Antofagasta, Iquique et Tocopilla étaient les lieux principaux de ramassage du salpêtre dont l'utilité principale était de servir pour la fabrication de la poudre à canon même s'il était aussi utilisé dans l'agriculture. On peut encore voir aujourd'hui les ruines des installations abandonnées au désert.

Au début du Xxème siècle, la ville d'Iquique était très animée et dans la rade venaient mouiller les nombreux grands voiliers qui transportaient le minerais.

Pour autant, la plupart des matelots ne descendaient pas du navire au cours du voyage. Les navires mouillaient dans la rade et le minerais était apporté et chargé sans qu'il aient à descendre à terre.



Iquique

 
THIO, PORT DU NICKEL


Quittant les côtes du Chili, les marins mettaient alors le cap vers une petite terre du bout du monde : La Nouvelle-Calédonie, le port de Thio et son nickel.



Même si on est loin des périls du Cap Horn, le danger reste présent lors des manœuvres de ces géants des mers. Quelques années avant le voyage de Joseph-Marie, on trouve trace d'un incident :


Nouméa, 8 novembre 1906, Un navire sur la barrière de corail.

Le navire français Biessard, chargé avec 300 tonnes de minerai de chrome, a tapé et s'est échoué sur la barrière de corail en quittant Plum. Le paquebot français St Antoine a procédé à l'assistance du navire, et a tenté de la remorquer, mais a échoué. Le navire a fini par se remettre à flôt de lui-même à marée haute, et fait route pour Noumea, où il sera examiné par un plongeur. Le Biessard est un navire de 2253 tonnes, commandé par le capitaine Rault. Il est construit en acier, et a été lancé en 1900. Il est détenu par une société française, et son port d'immatriculation est Rouen.





Contrairement aux villes du salpêtre qui furent abandonnés lorsque l'on trouva de quoi remplacer cette matière première, à Thio l'extraction du nickel se poursuit sans discontinuer depuis 1880



A partir de 1906, à Thio, le téléphérique apporte le minerai au transbordeur où est amarré un trois-mâts (coll. M. Gouge paru dans Marc Métayer, Les voiliers du nickel, Alan Sutton, 2003).






LE LONG CHEMIN DU RETOUR

Puis quittant la Nouvelle-Calédonie chargés à ras bord, les bateaux s'en retournaient par un bien long chemin océanique vers la France. Il ne fallait en effet pas moins de 6 mois voire plus pour boucler la boucle.

Le trajet des voiliers du nickel - Extrait du livre : "Hommes et Navires au Cap-Horn" de Jean Randier



Pour Joseph-Marie, ce fut un voyage parmi d'autres rempli de péripéties dont les aventures racontées lors de trop rares retours au pays venaient exciter la quiétude d'une petite maison du Morbihan.



Quand à Biessard, le vaillant trois-mats barque, il disparut en mars 1914, probablement au large du Cap Lizard (pointe Sud-Ouest de l'Angleterre) lors d'une tempête d'équinoxe. Après le première guerre mondiale, l'accélération des progrès techniques et le moteur à vapeur ont achevé de signer l'arrêt de mort des derniers grands voiliers du nickel





Sources sur le salpêtre :


Sources sur Thio :


Sources sur le Cap-Horn :




10 commentaires:

Guillaume a dit…

Bonjour,

Article passionnant et très bien documenté. Bon challenge à vous, au plaisir de vous relire !

Guillaume

Anonyme a dit…

Quelle aventure! J'adore quand le généalogie nous fait voyager :)

tom_et_jerry a dit…

Merci à vous Guillaume et Céline, je vois que vous vous êtes levés tôt (certainement pour lire les 70 articles quotidiens du challenge ;-) )...

Je vais essayer de vous trouver d'autres ancêtres voyageurs, malheureusement nombre d'entre les miens étaient de bons paysans bien enracinés sur leur terre.
Et puis on n'a pas toujours la chance de retrouver trace de leurs éventuelles aventures, c'est pour cela que j'ai décidé de reprendre ma généalogie à zéro, histoire de prendre le temps "d'habiller" un peu mieux chaque ancêtre, car une liste de nom c'est bien, mais pouvoir garder trace pour la postérité des péripéties qui ont émaillé leurs vies, c'est mieux.

Bon challenge et bonne lecture.
Emma

Evelyne Achon a dit…

J'aime les voyages et grâce à votre article, je suis repartie au Cap Horn ( j'ai eu la chance de le voir). Très bon challenge ! Evelyne de http://www.ciel-mes-aieux.com

Feuilles d'Ardoise a dit…

Merci pour la découverte de cette lointaine destination... j'adore quand nos ancêtres nous font sortir un peu de leurs campagnes...

Diane Tourville a dit…

Superbe article, c'est fascinant! Je n'ai encore trouvé personne dans ce coin-là, j'espère toujours ;-).

Diane

GeneaLeibbrandt a dit…

Très bel article qui nous fait voyager !

Briqueloup a dit…

Bonjour,
Je prends enfin le temps d'explorer vos articles du ChallengeAZ 2015. Le "A autour du monde" me plait beaucoup, il entre en résonnance avec mes recherches sur mes ancêtres marins.
Je vais vous suivre...

Anonyme a dit…

bonsoir ,
pouvez-vous me donner des précisions sur joseph marie Guillam ?
je pense que c est un frère de mon arriere grand-mère .

si il est né en 1877 à Locmariaquer , ce doit etre vrai..
bonne soirée .
béatrice.

tom_et_jerry a dit…
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